Bonsoir Gaëlle — Eric le 20 octobre 2016 (22h33)
Je reprends le clavier ce soir (certainement pas pour te faire du « rentre-dedans »). Comme tu l’as dit, on ne ferme pas nos portes et nous continuons donc ainsi à faire connaissance. Et puis qui sais, peut-être auras tu envies de prendre juste un café avec moi un jour, pour entamer une amitié et juste que ça. Moi sincèrement ça me va, j’ai beaucoup aimé le feeling du départ entre nous.
Bref, je repars la semaine prochaine sur la Normandie (j’ai commencé à préparer mon séjour après que nous ayons « raccroché »).
Bien que n’étant pas passionné par les armes, la guerre,… je trouve un attrait notable à ce conflit qui a fait que des centaines de milliers de jeunes gens – qui chez eux dans l’Iowa, le Wisconsin,… n’avaient jamais quitté le domicile familial de plus de 50 ou 100 kms – soient venus d’aussi loin pour nos parents, pour nous, au péril de leurs vies.
Il existe encore chez moi une foule de questions qui restent en suspend, mais j’ai déjà eu plusieurs réponses directes. J’ai en effet décidé depuis quelques petites années de la vivre cette histoire, ou pour le moins de mieux la comprendre et dans la mesure du possible de la « toucher du doigt ».
J’ai ainsi rencontré Tim Gray il y a 2 ans – le président d’une petite fondation – qui œuvre à la mémoire des vétérans et qui fait en sorte de les réunir annuellement en France, avec leurs enfants.
J’ai ainsi pu assister (je dirais même avec le recul « eu le privilège ») à une rencontre en soirée privée – juin 2014 – au cours de laquelle se mêlait des acteurs d’une série TV de HBO (Band of Brothers) et bien entendu des vétérans. Je n’ai que très peu discuté avec les acteurs car mon attention fut capté par ces vétérans (et leurs épouses). Un choc émotionnel sans pareil. Une soirée pleine d’amour, des vétérans allemands étaient aussi là.
Malgré ma détresse linguistique (je ne suis pas, parfois à mon grand désarroi, « English fluent »), j’ai réussi à bien m’en sortir et à poser les questions que je souhaitais poser.
Je fus cependant fidèle à moi-même, en cassant le protocole instauré (on ne se refait pas) dans ce genre de soirées (enfin pas vraiment cassé – je suis plutôt allé à contre-courant du protocole). Ce dit protocole faisait en sorte de mettre les hommes (vétérans) en avant (leurs épouses étant en background).
Lorsqu’est arrivé le moment du premier tête à tête (presque en intimité avec mon premier vétéran, ce dernier Martin, m’a demandé si je souhaitais que l’on fasse une photo ensemble (lui, ses médailles et moi-même ). Je l’ai gentiment remercié en déclinant l’offre, mais je lui ai alors demandé l’autorisation de faire venir son épouse à nos côtés. Elle nous a rejoint immédiatement. Ce fut un moment alors beaucoup plus riche: j’étais alors au contact d’un joli petit couple (91 ans pour elle, 93 pour lui). Cette dame, très attentive à son époux, douce, me livrait aux détours de ce que nous racontait Martin, énormément de détails qu’elle avait vécu à ses côtés (après la fin du conflit). Je me suis retrouvé comme leur petit-fils lors d’une veillée. Ils avaient, elle et lui, beaucoup de gentillesse dans leur regard, beaucoup d’amour. C’est difficile à décrire. Je te joins une photo d’eux… Ils sont beaux n’est ce pas?
Voilà ce qui me « guide » encore et me guidera encore longtemps vers la Normandie.
Je vais arrêter maintenant avec « mes histoires de guerre » . Mais tu l’auras bien compris que ce sont des histoires d’amour. Je vais à présent essayer de t’expliquer une autre partie de mon quotidien, ce que j’aime faire, des choses parfois ultra simples…
Je fais ça dans un autre courrier à suivre. N’hésite pas non plus à m’écrire.
Bises.
